Volonté des patients des urgences à participer à des recherches en santé à faible risque durant la pandémie de COVID-19

Auteurs-es

DOI :

https://doi.org/10.29173/cjen533

Résumé

Contexte : Mener des recherches en santé lors d’une urgence sanitaire, comme une pandémie, est essentiel pour orienter les interventions de santé publique et la reprise (Lurie et al., 2013; IRSC, 2024). Avant la pandémie de COVID-19, une enquête menée par Gobat et coll. (2019) avait démontré un fort appui du public pour la recherche en santé dans le cadre d’une pandémie hypothétique et avait examiné la volonté des patients à participer à des recherches pertinentes en situation de pandémie. La recherche menée dans les départements d’urgence (DU)
présente plusieurs défis en raison de divers obstacles, notamment le manque de temps pour les patients (Irani et al., 2015) ainsi que leurs préoccupations liées à la confiance, au risque (Limkakeng, 2014) et à la confidentialité (Irani et al., 2015) en ce qui a trait à la participation à la recherche.

Objectifs de l’étude : Une étude transversale avec un échantillonnage de commodité et par critères a été réalisée. Les patients adultes (≥18 ans) inscrits dans deux départements d’urgence tertiaires urbains du University Health Network (UHN) répondant aux critères d’inclusion ont été invités à remplir un questionnaire structuré, anonyme et électronique. Les données ont été recueillies entre août et décembre 2020. L’approbation éthique a été obtenue auprès du comité d’éthique de la recherche de l’UHN.

Le questionnaire comprenait a) des questions démographiques; b) des questions binaires (oui/non) sur la volonté du patient de consentir au don de biospécimens (échantillon de sang, écouvillon de gorge, écouvillon nasopharyngé et échantillon d’urine) à des fins de recherche; et c) des questions utilisant une échelle de Likert à 5 points sur la motivation du patient à donner des biospécimens selon quatre domaines clés : altruisme, confiance, bénéfice personnel et social. Ces domaines ont été formulés à partir de la Theory of Consumption Values (Sheth et coll., 1991) et d’une revue de la littérature. Aucun biospécimen n’a été recueilli dans le cadre de cette étude.

Résultats : Un total de 225 questionnaires ont été recueillis. Les participants étaient presque également répartis selon le sexe (51 % hommes; 48 % femmes). La plupart des groupes d’âge adulte étaient bien représentés : 19 % avaient entre 18 et 29 ans, 30 % entre 30 et 49 ans, 35 % entre 40 et 59 ans et 25 % entre 60 et 79 ans. Le niveau d’éducation était élevé : 13 % étaient diplômés du secondaire, 27 % avaient complété des études de premier cycle et 30 % des études supérieures ou postuniversitaires. Les participants ayant indiqué un autre genre (1 %), âgés de 80 ans ou plus (2 %), sans scolarité (1 %) ou ayant un niveau de la maternelle à la 12e année (7 %) étaient sous-représentés.

La majorité des participants se sont décrits comme généralement en bonne santé (60 %). Parmi ceux ayant déclaré un ou plusieurs problèmes de santé (40 %), le cancer était le plus fréquent (22 %), suivi des maladies cardiaques (17 %), hépatiques ou rénales (13 %), neurologiques (10 %) et respiratoires (8 %). La plupart (62 %) n’avaient jamais participé à une recherche en santé auparavant.

Volonté de fournir des biospécimens à des fins de recherche La majorité (85 %) des patients des urgences étaient disposés à fournir au moins un biospécimen à des fins de recherche, et plus de la moitié (55 %) acceptaient de fournir les quatre échantillons. Parmi ceux qui acceptaient de donner, la majorité étaient prêts à fournir un échantillon d’urine (78 %), un écouvillon de gorge (77 %), un échantillon de sang (75 %) ou un écouvillon nasopharyngé (65 %). Les participants ayant déjà pris part à des recherches en santé étaient plus susceptibles d’accepter de fournir un échantillon d’urine (p = .002), un écouvillon NP (p = .005), un petit échantillon de sang (p = .04) et un écouvillon de gorge (p = .04).

La plupart des participants (71 %) ont indiqué que leur décision de donner des biospécimens à des fins de recherche ne serait pas influencée par la présence d’une pandémie mondiale. Les 29 % restants ont indiqué que leur décision aurait été différente en l’absence de pandémie. Soixante pour cent ont déclaré que leur décision serait différente s’il y avait plus de risques associés (p. ex. : prendre un médicament, passer une radiographie ou subir une biopsie cutanée), tandis que 40 % ont indiqué que leur décision resterait inchangée.

Motivation à donner des biospécimens à des fins de
recherche Deux domaines — l’altruisme et la confiance — se sont révélés cohérents et fiables selon le coefficient alpha de Cronbach (<0,7). Des scores sommaires ont été créés puis testés en fonction des variables démographiques. Le sexe, l’âge, le niveau d’éducation et l’état de santé (bonne santé générale; problèmes de santé) n’étaient pas statistiquement significatifs. Ceux ayant déjà participé à des recherches en santé présentaient des scores totaux d’altruisme (p = .004) et de confiance (p = .005) plus élevés que ceux qui n’y avaient jamais participé.

Retombées et orientations futures Les résultats de cette étude soutiennent la faisabilité du recrutement de patients des urgences pour des recherches en santé durant une pandémie. Ils démontrent que le DU peut être un lieu approprié pour obtenir le consentement des adultes en vue du prélèvement de biospécimens à faible risque à des fins de recherche pendant une pandémie. Étant donné que la majorité (60 %) des participants se sont dits prêts à accepter davantage de risque (p. ex. : prendre un médicament, passer une radiographie ou subir une biopsie cutanée), des recherches supplémentaires sont nécessaires pour explorer la participation des patients des urgences à des études impliquant un risque plus élevé durant une pandémie. Comme les résultats montrent une forte volonté
de participer à des recherches à faible risque, il serait pertinent d’examiner plus en profondeur les facilitateurs et les obstacles au recrutement des patients des urgences dans un contexte pandémique. Des variables démographiques non recueillies dans la présente étude, telles que l’origine ethnique ou le statut socioéconomique, pourraient également être explorées en lien avec la participation des patients à des recherches à faible risque
durant une pandémie.

Conclusion : Cette étude a révélé que la majorité des patients adultes des urgences étaient disposés à donner des biospécimens à faible risque durant la pandémie de COVID-19. Elle a également montré que l’altruisme et la confiance étaient des domaines clés influençant la volonté des patients des urgences à participer à des recherches en santé à faible risque pendant la pandémie de COVID-19.

Téléchargements

Publié-e

2025-12-28

Comment citer

Crump, S., Gaylord, E., Gjyli, S., Kassee, A., & O'Connor, E. (2025). Volonté des patients des urgences à participer à des recherches en santé à faible risque durant la pandémie de COVID-19. Journal Canadien Des Soins Infirmiers d’Urgence, 48(3), 14–16. https://doi.org/10.29173/cjen533